La Suède ouvre tout depuis 1766. L'Estonie vérifie en temps réel. Le Royaume-Uni publie sous 28 jours. Et la France ? Un état des lieux factuel.
La transparence n'est pas une invention française
La France a adopté la loi relative à la transparence de la vie publique en 2013. C'est récent. Très récent. La Suède a ouvert ses archives administratives en 1766 — 257 ans plus tôt. Le Royaume-Uni publie le registre des intérêts de ses parlementaires depuis 1975.
Ce retard historique ne signifie pas que la France est en mauvaise posture. Mais il signifie que d'autres pays ont des décennies d'avance dans la mise en œuvre — et que leurs résultats sont mesurables.
Ce que font nos voisins
Suède — Le principe de publicité (offentlighetsprincipen) date de 1766. Tout document administratif est public par défaut. La déclaration d'impôts de n'importe quel citoyen est accessible. Résultat : 73% de confiance dans les institutions publiques (Eurobaromètre 2024), contre 35% en France.
Estonie — L'e-gouvernance permet aux citoyens de voir qui accède à leurs données et de vérifier les dépenses publiques en temps réel. 99% des services publics sont accessibles en ligne. Le système X-Road connecte toutes les bases de données publiques.
Royaume-Uni — Le registre des intérêts des MPs est actualisé en continu. Chaque cadeau, chaque voyage, chaque hospitality est publié sous 28 jours. L'Independent Parliamentary Standards Authority (IPSA) publie chaque dépense des parlementaires, jusqu'au dernier penny.
Danemark — Les comptes des collectivités sont accessibles ligne par ligne en données ouvertes. Le portail openspending.dk permet à chaque citoyen de suivre chaque couronne dépensée.
La France en chiffres
Ce qui manque en France — point par point
La France a fait des progrès réels avec la loi de 2013 et la création de la HATVP. Mais des lacunes structurelles persistent :
1. Pas de vérification indépendante systématique. La HATVP reçoit les déclarations mais n'a pas les moyens de l'administration fiscale pour les vérifier. En Suède, les déclarations fiscales sont publiques et vérifiables par tous.
2. Des données publiées avec retard. Les données essentielles de la commande publique (DECP) sont publiées avec des mois de retard et restent incomplètes. Au Royaume-Uni, les dépenses sont publiées sous 28 jours.
3. Le registre des bénéficiaires effectifs n'est pas librement accessible en données ouvertes depuis l'arrêt de la CJUE de 2022. En Estonie, cette information reste publique.
4. Le format des données. Seuls 100% des déclarations HATVP sont en format XML exploitable. Le reste est en PDF, parfois scanné. En Estonie, 100% des données publiques sont en format numérique structuré.
5. Les comptes de campagne sont publiés avec des mois voire des années de retard par la CNCCFP. Au Royaume-Uni, l'Electoral Commission publie en temps réel.
La géographie française de la transparence
Au sein même de la France, les écarts sont considérables. Sur 109 départements, l'écart atteint 50 points.
En tête : 099 (95/100), 997 (94/100), 998 (91/100). En queue : Nord (45/100), Indre-et-Loire (48/100), Ille-et-Vilaine (49/100).
Ces écarts internes montrent que le problème n'est pas seulement législatif — c'est aussi une question de pratiques locales et de culture administrative.
Le numérique comme accélérateur démocratique
Ce que VigiCité démontre, c'est que les données existent. Elles sont publiques. Il suffit de les croiser pour qu'une image apparaisse.
Avec 976542 relations détectées entre élus et entreprises, 77329 marchés analysés et 6667 profils scrutés, la France dispose déjà de la matière première de la transparence. Ce qui manque, c'est l'infrastructure citoyenne pour l'exploiter.
Le numérique n'est pas une menace pour la démocratie. C'est son meilleur outil de vérification. L'État l'utilise depuis des décennies pour surveiller les citoyens. Il est temps que les citoyens l'utilisent pour surveiller l'État.
L'Estonie l'a compris. La Suède le pratique depuis 257 ans. La France a les données. Il ne manque que le regard.
Ce que chaque citoyen peut faire
Consulter. Explorez les fiches des élus et les analyses départementales.
Comparer. La France n'est pas un bloc homogène. Votre département peut se situer au niveau suédois... ou très en deçà.
Exiger. La loi de 2013 est un premier pas. Mais elle ne suffit pas si les données restent en PDF scanné et si les citoyens ne les lisent pas.
Partager. Chaque article relayé, chaque fiche consultée, chaque score discuté rapproche la France du standard que ses voisins ont atteint il y a des décennies.
Sources et méthodologie
Toutes les données proviennent de sources publiques : HATVP (déclarations de patrimoine et d'intérêts), data.gouv.fr (marchés publics DECP), API recherche-entreprises (SIRENE). Méthodologie complète sur la page Méthodologie.